La cétoine dorée

Cet insecte volant fut l’objet d’un rêve analysé par le psychiatre Carl Gustave Jung comme le symbole du hasard nécessaire. Dans cette analyse, ce scarabée de couleur bronze est dénommé « hanneton des roses » (nom vernaculaire de la cétoine dont voici le nom savant : cetonia aurata). Ce petit coléoptère fut aussi le motif d’une petite estampe, petite seulement par son format, d’Annie Bocel qui tient son atelier de gravures et de poinçons dans un hameau perdu du nord Finistère.

« La cétoine dorée » d’Annie Bocel (Cl. Annie Bocel)
Elle a donc ainsi gravé et enrichi d’un léger gaufrage une cétoine dorée élytres soudés avec ses deux ailes déployées. La moindre nervure y est ciselée, les griffes et crochets de ses pattes précisément dénombrés. L’insecte est présenté tel qu’il va se poser ou s’envoler de la fleur convoitée par une chaude et ensoleillée journée de printemps. Cette estampe carrée, qui a été imprimée en teinte d’or sur son fond d’or, apparaît avec son léger gaufrage comme un fossile ou la photographie d’une amulette égyptienne. Formée à l’École Estienne, Annie Bocel appartient à la grande famille des graveurs naturalistes qui demeurent modestes et précis devant leur sujet. Pour d’autres images, elle grave ainsi, d’un trait cursif et clair, des plantes, des insectes, des mammifères ou des oiseaux, cadrés tels qu’ils sont au naturel sans fioriture, apprêt ni ornement. Sa fine ligne noire détoure le sujet sur le blanc du papier sans qu’il soit besoin d’ajouter quelque teinte ou nuance, seule la mémoire du spectateur y pourvoira si besoin. Toutes ses estampes, elle les ordonne en livres d’artiste ou en séries comme : « Herbier-monde », « Les Baigneuses », « Le Bestiaire d’amour », « Abysse », « Fossile » et, dans celle d’« Envol de grue », elle oublie son trait graphique pour avec l’aquatinte dessiner de coups de pinceau l’oiseau en réserve blanche sur fond bleu marine.

« Envol de grue» d’Annie Bocel (Cl. Annie Bocel))
Toutefois, d’autres séries exposent plus intimement ses rêveries et son imaginaire. Elles explorent des mondes plus vastes que ceux plus prosaïques de l’entomologiste ou du botaniste. Comme dans « Portulan » où le cercle du monde se referme sur lui-même. Ou bien, plus propices à la songerie, « Les jardins oubliés de Ninive » qui dressent des parcours d’érosion légendés par des petits placards en alphabet cunéiforme. Ou, encore plus mystérieuses, ses manières noires de sa série intitulé simplement : « Série noire ». Dans une autre série plus érudite, « Recherche sur le Romain du Roi » elle met en valeur sur un fond à petits carreaux les caractères typographiques d’un alphabet gravé en 1695 à la gloire de Louis XIV par Louis Simonneau dont elle grise les formes à petits traits en les faisant vibrer.
Cependant, non contente de créer des estampes à l’eau-forte, à l’aquatinte ou à la manière noire, Annie Bocel grave aussi dans l’acier ou le laiton avec ses limes et ses échoppes des poinçons de marque destinés à être frappés dans diverses matières ainsi que des fers à dorer et des poinçons typographiques qui ne sont pas sans rapport avec l’art du livre auquel elle reste fidèle. Des estampes donc à regarder comme l’envol de la cétoine dorée quittant la rose dont elle vient de dévorer le cœur pour se poser plus loin sur une autre tout aussi appétissante.
Claude Bureau
Nota bene : à regarder sur son site Internet : www.anniebocel.com ou à son atelier de Beaussais-sur-mer.
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